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Un photographe-voyageur reçoit des photographies donc comme des cadeaux, - et il donne des images (comme un cadeau réciproque). Mais qu’est-ce-que c’est qu’une image? Une vraie image c’est quelque chose qu’on n’a jamais vue auparavant. Un bon photographe-voyageur fait donc des photos qui sont des images alors que les photos des touristes ont déjà été vues des milliers de fois, - comme des cartes postales. (C’est quand-même particulièrement séduisant pour un photographe-voyageur de s’essayer avec les mêmes objets que les touristes aiment tant photographier: c’est un vrai défi, les pyramides de Gizeh, un chameau dans le désert, un coucher de soleil sur la mer...)
L’image-photo a deux caractéristiques par lesquels elle est capable de faire voir en quoi consiste la beauté, - et dont Simon Bischoff est bien conscient:
Premièrement, toute image se réalise à travers des rayons de lumière qui tombent sur des surfaces de la matière et qui sont reflétés et absorbés par d’autres surfaces sensibles (la rétine ou la pellicule). Il n’existe donc pas d’image sans lumière et sans surfaces. Un photographe est - pour ainsi dire - un pur ésthète de la surface. Il ne croit pas à ce qui est caché, invisible, ni à ce qui est intérieur, mais seulement à ce qui est purement sensuel. L’image-photo est tout sauf platonique.
Deuxièmement, l’image-photo crée le multiple et le singulier. Elle se fait en fragments de secondes. Elle coupe le temps en instants infiniment petits et infiniment nombreux. Chacun est différent de l’autre. Chaque image témoigne donc un seul moment spatio-temporel unique et absolu (notre système solaire se déplace à une vitesse de 220km/seconde, autour de notre galaxie!)
Normalement un photographe-voyageur photographie son objet plusieurs fois et sous différents angles et avec différentes coordonnées. Un photographe-touriste, en comparaison, prend toujours une seule photo. Il n’aime pas le multiple: il aime les choses simples et bien définies. Il aime le “normal”. L’image-photo, par contre, a une force subversive qui est de tout multiplier. à chaque instant, elle nous donne une image neuve et différente du “même”. Elle fonctionne exactement selon le “credo” du poète Arthur Rimbeau qui disait: «Je est un autre...»
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